Le fameux « contrôle technique moto »… Pendant des années, on l’a vu revenir régulièrement dans l’actualité, entre annonces, reports, recours et débats animés sur les parkings de motos. Cette fois, le dispositif est bel et bien en place : les deux‑roues motorisés entrent progressivement dans le monde du contrôle technique obligatoire.
Que vous soyez en gros roadster, en petit 125 ou au guidon d’un vieux trail qui a vu du pays, mieux vaut savoir à quoi vous attendre. On va donc faire le point, calmement, sans panique, et surtout avec du concret : ce qui change, qui est concerné, comment ça se passe, et surtout comment préparer votre machine pour que la visite soit une formalité.
Pourquoi un contrôle technique moto ? Un feuilleton… et des objectifs clairs
Le contrôle technique des motos ne sort pas de nulle part. Il découle d’une directive européenne qui impose aux États membres de mettre en place un dispositif de vérification périodique pour certains véhicules, dont les deux‑roues motorisés.
En France, le sujet a traîné longtemps, entre reports successifs, oppositions d’associations de motards et décisions de justice. Finalement, un cadre réglementaire a été adopté : les motos, scooters, tricycles et certains quadricycles entrent dans un système de contrôle technique, avec un déploiement progressif.
Derrière ce contrôle, trois grandes idées :
- Sécurité routière : traquer les défauts majeurs de freinage, de châssis, de pneus, de direction, bref tout ce qui peut transformer un imprévu en drame.
- Environnement : limiter les véhicules qui fument bleu ou qui crachent des décibels bien au-delà du raisonnable.
- Transparence lors de la vente : comme pour les voitures, un contrôle technique à jour permet à l’acheteur d’y voir plus clair sur l’état du véhicule.
On peut être d’accord ou non avec le principe, mais une chose est sûre : maintenant qu’il est là, autant savoir jouer avec les règles plutôt que de les subir.
Qui est concerné par le contrôle technique moto ?
Au moment des derniers textes officiels disponibles (fin 2024), le contrôle technique concerne la plupart des véhicules de la catégorie L :
- Motos et scooters de plus de 50 cm³ (ou équivalent électrique) homologués pour la route.
- Tricycles à moteur (type MP3, Tricity, etc.).
- Certains quadricycles à moteur (quads et assimilés circulant sur route).
Quelques catégories peuvent être exclues ou soumises à des règles spécifiques, par exemple :
- Les véhicules strictement réservés à la compétition et non autorisés à circuler sur route.
- Certains véhicules de collection, selon leur âge et leur immatriculation, avec parfois un régime particulier (fréquence différente, etc.).
Les deux‑roues de moins de 50 cm³ (cyclos) ne sont pas traités de la même manière que les motos « classiques ». Là encore, les détails peuvent évoluer : la meilleure habitude à prendre est de vérifier votre cas précis sur le site officiel service-public.fr en indiquant le type de véhicule et sa date de première mise en circulation.
Un calendrier de mise en place progressif
Pour éviter l’embouteillage dans les centres, le contrôle technique moto ne tombe pas d’un coup sur tout le monde. Il est mis en place par étapes, en fonction :
- de la date de première immatriculation du véhicule ;
- et parfois du dernier chiffre de la plaque, pour étaler les échéances.
Dans les grandes lignes, les premiers concernés sont :
- les motos et scooters les plus anciens, mis en circulation avant une certaine année (les plus « vieux » parcs roulant) ;
- afin de les faire passer au contrôle dans les premières vagues de déploiement.
Puis viennent progressivement :
- les véhicules plus récents, qui se verront attribuer une date limite pour effectuer leur premier contrôle technique ;
- puis un rythme de visites périodiques, espacées de plusieurs années (sur un modèle proche de l’automobile, même si la périodicité n’est pas strictement identique).
Pourquoi rester volontairement un peu vague sur les années précises et les intervalles ? Parce que ce calendrier a déjà été ajusté plusieurs fois, et qu’il peut encore évoluer. Pour ne pas vous induire en erreur, le réflexe le plus fiable reste :
- de consulter la rubrique dédiée au contrôle technique des deux‑roues sur un site officiel (Service Public, Ministère des Transports) ;
- ou de demander directement à un centre de contrôle technique agréé « motos » avec votre carte grise sous la main.
En pratique, si votre machine a déjà quelques années, partez du principe que vous êtes concerné à court terme, et anticipez au lieu d’attendre la dernière semaine de la date limite.
Comment se déroule un contrôle technique moto ?
Un contrôle technique moto, ce n’est ni un réglage, ni une révision, ni une séance de torture pour votre bécane. C’est un examen visuel et fonctionnel, normé, avec une check‑list préétablie.
Concrètement, le jour J :
- Vous vous présentez au centre avec votre moto propre (on y revient plus loin) et vos papiers.
- Le contrôleur vérifie l’identité du véhicule (plaque, numéro de série, correspondance avec la carte grise).
- Il passe ensuite en revue une série de points de contrôle : éclairage, direction, freinage, pneus, fuites, bruit, émissions, etc.
- Chaque point est classé selon une gravité de défaut : sans défaut, défaut mineur, défaut majeur, ou critique.
- À la fin, il édite un procès‑verbal avec le résultat : favorable, ou défavorable avec obligation de contre‑visite si nécessaire.
La durée ? En général, comptez autour de 30 minutes, parfois un peu plus selon l’organisation du centre. Le tarif, lui, est libre, comme pour les autos : il est donc possible de comparer les prix entre centres habilités aux deux‑roues.
Les principaux points vérifiés sur votre moto
Chaque arrêté technique détaille précisément les points de contrôle, mais pour résumer, le contrôleur va surtout s’attarder sur :
- Le freinage : état des disques, plaquettes, durites, efficacité globale, éventuelles fuites de liquide. Un freinage spongieux, un disque trop creusé ou une fuite peuvent entraîner un défaut majeur.
- La direction et la suspension : jeu dans la colonne de direction, état des roulements, fonctionnement des suspensions, absence de fuites excessives sur les fourreaux de fourche ou l’amortisseur.
- Les pneus et les roues : profondeur de sculpture suffisante, absence de déchirure, hernie ou craquelure importante, dimension conforme à l’homologation, absence de voile important sur la jante.
- Le cadre et la structure : pas de fissure, pas de déformation majeure, fixations importantes (bras oscillant, moteur, boucle arrière) en bon état.
- L’éclairage et la signalisation : phare avant (codes et phares), feu stop, clignotants, feu de plaque, catadioptres, tout doit fonctionner et être visible. Les montages « maison » mal fixés ou trop teintés peuvent poser problème.
- Les émissions polluantes et sonores : absence de fumées anormales, échappement en état correct, niveau sonore dans la limite réglementaire. Les pots non homologués ou évidés sont dans le viseur.
- L’équipement obligatoire : rétroviseurs, avertisseur sonore (klaxon), dispositifs de frein de parking si applicable, etc.
- Identification et conformité : plaque d’immatriculation conforme (taille, inclinaison raisonnable, lisibilité), numéro de série lisible, absence de modification structurelle non homologuée.
Gardez en tête que le contrôleur ne démonte pas la moto. Il ne dépose pas vos carénages pour vérifier vos jeux aux soupapes… On reste sur des vérifications accessibles visuellement ou par quelques manipulations simples.
Bien préparer sa moto avant le contrôle : le bon sens avant tout
La meilleure façon d’aborder ce contrôle est de le considérer comme un contrôle de bon sens. Une moto correctement entretenue, respectant l’homologation, n’a pas grand-chose à craindre.
Avant de prendre rendez-vous, faites un petit tour de la machine :
- Pneus : vérifiez l’usure (témoins de gomme atteints ou non), la pression, la présence de coupures ou de déformations. Si vous hésitez, une visite chez un monteur de pneus pour avis ne fait jamais de mal.
- Freins : jetez un œil à l’épaisseur des plaquettes, aux disques (pas de grosse gorge, pas de fissure), au niveau de liquide. Si votre levier vient trop près de la poignée ou si la pédale est molle, un passage chez le mécano s’impose.
- Éclairage : testez tout : code, phare, clignotants, feux de position, stop (au levier et à la pédale). Remplacez les ampoules grillées et fixez correctement tout ce qui bouge.
- Fuites et suintements : regardez sous la moto après une nuit de stationnement. Trace d’huile ou de liquide de refroidissement au sol ? Tube de fourche gras ? Ce sont des points à traiter avant le contrôle.
- Transmission : pour une chaîne, contrôlez la tension, la lubrification et l’usure (maillons grippés, point dur). Pour une courroie, l’état visuel. Un kit chaîne rincé peut être signalé.
- Guidon et direction : braquez de butée à butée, vérifiez qu’il n’y a pas de point dur ou de « cran ». Soulevez légèrement l’avant (béquille d’atelier ou aide d’un ami) et essayez de sentir un éventuel jeu dans la colonne.
- Carrosserie et fixations : carénages solidement fixés, support de plaque pas branlant, rétroviseurs bien serrés. Tout ce qui menace de tomber en roulant alerte le contrôleur.
Et puis, un point que les motards négligent parfois : laver la moto. Non, ce n’est pas vain. Une machine propre permet au contrôleur de repérer les éventuels défauts réels, et évite qu’un suintement huileux ancien mais sec soit pris pour une fuite actuelle. Et accessoirement, cela fait tout de suite plus sérieux.
Les modifications et accessoires : ce qui fait tilter au contrôle
On ne va pas se mentir : le monde de la moto adore la personnalisation. Lignes d’échappement, rétro embouts de guidon, clignos à LED, support de plaque ultra court… tout ça rend les contrôles un peu plus délicats.
Quelques points sensibles :
- Échappement : un pot « libre », vidé ou non homologué risque fortement d’être recalé, surtout s’il dépasse manifestement le bruit autorisé. Si vous avez gardé la ligne d’origine dans un carton au fond du garage, c’est le moment de la remonter pour la visite.
- Plaque d’immatriculation : taille réglementaire, bien lisible, pas pliée à 45° sous le garde‑boue. Les supports trop courts ou orientés vers le ciel sont clairement dans le collimateur.
- Clignotants et éclairage : les petits clignos LED peuvent être acceptés s’ils sont homologués, bien visibles et correctement espacés. Les éclairages trop teintés ou non conformes (xénon bricolé, LED sauvages) posent problème.
- Rétroviseurs : au moins un, souvent deux, selon la catégorie et l’homologation. Les roulettes de guidon sans rétro ni visibilité arrière, c’est non.
- Modifications structurelles : cadre coupé, boucle arrière artisanale, pièces essentielles non d’origine sans homologation… là, on entre dans un domaine à risque. Ces transformations engagent directement la conformité du véhicule.
Pour illustrer : je me souviens d’un copain en roadster italien, fier de son pot « racing » acheté d’occasion. Sur autoroute, le moindre filet de gaz faisait vibrer les vitres des voitures alentours… Très drôle cinq minutes, beaucoup moins quand il s’est retrouvé recalé lors d’un contrôle sonore. Il a fini par remonter la ligne d’origine pour les contrôles, et a gardé son « tromblon » pour les journées piste.
Morale de l’histoire : si vous tenez à vos accessoires, gardez au moins la possibilité de revenir temporairement à une configuration plus sage pour la visite.
Quels documents préparer pour le contrôle technique ?
Pour éviter de perdre du temps ou de devoir revenir, pensez à emporter :
- La carte grise (certificat d’immatriculation) du véhicule.
- Un justificatif d’identité si le centre le demande.
- Éventuellement les anciens procès‑verbaux de contrôle technique si votre moto a déjà été présentée (revente, expérimentation locale, etc.).
Pas besoin du permis ni de l’attestation d’assurance pour la visite en tant que telle, même si, dans la vraie vie, mieux vaut les avoir sur soi dès qu’on prend la route.
Et si la moto est recalée ? Contre‑visite, délais, réalité du terrain
Si des défauts majeurs ou critiques sont relevés, le contrôle peut être déclaré défavorable. Cela ne signifie pas que votre moto est bonne pour la casse, mais qu’il faudra :
- faire réparer les éléments concernés (chez un pro ou par vos soins, selon vos compétences) ;
- puis revenir pour une contre‑visite dans un délai défini par la réglementation (généralement quelques semaines).
La contre‑visite porte alors principalement sur les points qui avaient motivé le refus. Certains centres la facturent moins cher que le contrôle initial, mais là encore, le tarif reste libre.
Pour éviter d’en arriver là, tout ce qui relève de l’entretien normal doit être anticipé. Une plaquette au fer, un pneu en limite, une ampoule grillée… ce sont des défauts qu’on peut souvent éviter en y jetant un œil quinze jours avant.
Quelques questions fréquentes des motards
Vous vous posez peut‑être l’une de ces questions :
- Faut‑il un contrôle technique pour vendre ma moto ?
À terme, oui : comme pour les voitures, la vente d’un véhicule concerné par l’obligation de contrôle technique nécessitera un CT en cours de validité ou récent. Les modalités exactes (ancienneté maximale du contrôle au moment de la vente) sont précisées par les textes officiels. - Que risque‑t‑on sans contrôle technique valide ?
Comme pour l’automobile : amende en cas de contrôle routier, éventuellement immobilisation du véhicule. En cas d’accident, la question de l’assurance peut aussi devenir délicate si le véhicule n’est pas en règle. - Les motos de collection sont‑elles concernées ?
Oui, mais souvent avec des règles spécifiques (périodicité différente, parfois plus longue). Tout dépend du statut « collection » sur la carte grise et de l’année de mise en circulation. Là encore, direction les textes officiels pour le détail. - Et si ma moto roule peu ?
Le kilométrage ne change rien à l’obligation. Une moto qui sort 1 000 km par an mais dont les pneus ont 12 ans reste un risque… d’où le contrôle.
Voir le contrôle technique comme un allié plutôt qu’un ennemi
On peut regretter que la moto, symbole de liberté, soit rattrapée par une contrainte administrative de plus. Mais, avec un peu de recul, ce contrôle technique peut aussi devenir un outil utile :
- Il pousse à tenir à jour l’entretien, au-delà du simple changement d’huile.
- Il met la lumière sur des défauts qu’on finit par ne plus sentir au quotidien : un jeu dans la direction, un amortisseur rincé, un pot trop bruyant.
- Il offre une photographie de l’état de la moto lors d’une vente, ce qui protège aussi bien l’acheteur que le vendeur.
Et puis, entre nous, un motard qui entretient correctement sa machine, roule équipé et respecte un minimum les autres usagers, n’a pas grand-chose à redouter de ce passage en centre. Considérez-le comme un check‑up de santé pour votre monture, un peu comme une visite médicale périodique : pas toujours agréable, mais rarement inutile.
En résumé : informez‑vous sur votre calendrier précis, préparez votre moto avec sérieux, gardez vos pièces d’origine si vous aimez modifier, et voyez ce contrôle technique comme un moyen supplémentaire de continuer à rouler longtemps, loin… et en toute sérénité.

